Destin et incompétences

Au parking: 7h45

Mokhtar: “sbah lkhir!”

Ali: “sbah nnor! Bon vol!”

Mokhtar : “merci, à toi également”

8h00 : 2 helicoptéres dont celui de Mokhtar et son équipage décollent.

8h30 : Ali, toujours au parking, entend un mécanicien parler à très haute voix au téléphone, à la fin de l’appel, le mécanicien se tourne vers le conducteur du tracteur qui tirait un hélicoptère vers son emplacement au parking et hurle : « tla9 rask, India ta7t, hani ghadi n3eyyet 3la les pilotes bach nemchiw ».

Quelque chose va mal. Ali préfère croire que le mécanicien veut dire par « ta7t » que l’appareil est tombé en panne (le mot est souvent utilisé dans ce sens), mais il sait que c’est plus grave que cela, c’était très clair, le ton du mécanicien était très expressif.

5 min après, trop de monde et de mouvement au parking, deux pilotes courent vers l’appareil qu’on venait de faire sortir des hangars, et ont décollé aussitôt. C’est sûr que c’est une mission de sauvetage.

Au même temps, la tour de contrôle contacte tous les appareils en vol et leur demande si tout allait bien (les contrôleurs ont eu l’information par téléphone mais elle n’est toujours pas confirmée), tous ont répondu que oui sauf un… il ne répondait pas. Les recherches ont commencé avec des appels radio de temps en temps (il se peut que l’appareil en question soit juste en basse altitude, c’est normal alors qu’il ne réponde pas puisqu’il ne reçoit rien)… A un moment, l’un des pilotes annonce : « il est au sol… L’appareil est renversé… La situation est grave, il y a des blessés », il annonce sa position et atterrit à coté de l’épave ;  Younes qui était copilote sur l’un des appareils arrive sur le lieu du crash, il atterrit aussi, il ne jette qu’un seul coup d’œil à l’épave tellement c’était insupportable de voir le tableau… Les habitants de la région ont déjà sorti les blessés de l’appareil et ont même donné les premiers soins.

Deux blessés embarquent sur l’appareil de Younes, 2 autres sur le premier hélicoptère qui a atterri, les 2 qui restent devraient attendre l’appareil qui vient de décoller de la base, l’un d’eux est déjà mort.

9h00 : deux hélicoptères atterrissent dont l’un est celui de Younes, les 4 blessés sont embarqués sur une ambulance pour les acheminer à l’hôpital. Ali apprend dans la confusion qui régnait qu’il y a eu 2 morts. Quelques minutes après un autre appareil survole la base en se dirigeant directement vers l’hôpital (c’est l’appareil de sauvetage emmenant les 2 dernières victimes).

Ali rejoint Younes qui, encore sous le choc, raconte que les blessés paraissent dans un autre monde, ils ne parlent pas comme si ils ne comprenaient pas ce qu’on leur disaient, ils ne faisaient que tenir fermement toute main qui se tend à eux pour leur dire « 3la slama » comme si ils voulaient se prouver qu’ils sont toujours en vie quoique les blessures n’étaient pas superficielles (je vous épargne les détails).

Younes n’arrive pas à se rappeler de la situation de l’épave dans un premier temps, il n’a fait que passer dessus un regard furtif qu’il n’a osé refaire, il raconte aussi que les habitants ont fait preuve d’un grand courage, il en a vu qui déchirait leurs vêtements pour en faire des bandages aux blessés, ils ont couvert un cadavre sur le champ…

Ali apprend l’après-midi que le bilan est de deux morts, quatre blessés, et que l’un des morts n’a pas été programmé pour le vol la veille quoiqu’il insistait pour voler, et qu’il est parti sur ce vol à la dernière minute après un changement d’un membre de l’équipage qui ne pouvait partir parce qu’il n’a pas bien dormi la veille du crash. Mokhtar avait un garçon de deux ans et sa femme est enceinte. Son heure était venue, les circonstances ne sont que des leçons pour les autres… Ali a parlé à Mokhtar, une heure après, il le voit sur une civière, 24 heures après il porte son cercueil sur son épaule lors de la cérémonie funéraire officielle à la base. A quoi tient la vie !?  A rien en fin de compte.

Pourquoi les autres blessés n’ont pas été évacués directement vers l’hôpital par voie aérienne ? C’était pourtant plus logique, plus rapide. Est-ce le choc qui a empêché les décideurs de penser raisonnablement ? Ne sont ils pas là justement pour bien penser lors des crises !? Un plan d’urgence n’est-il pas censé exister pour éviter de trop penser dans des situations de confusion pareilles !?  Tant de questions qui ont tourmenté Ali pendant toute la journée, surtout qu’il a appris qu’il n’y avait qu’un seul mort sur le champ, le deuxième a quitté la vie dans l’ambulance.

La cerise sur le gâteau : l’ambulance est tombée en panne en route vers l’hôpital le matin !!!

Inna lillahi wa inna ilayhi raji3oune.  

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Un commentaire pour “Destin et incompétences”

  1. ayame dit :

    Inna lilahi wa inna ilayhi raji3on !

    C’est pénible de perdre un ami et surtout de se dire que j’aurais pu être à sa place…enfin, al a3mar biyadi allah w lah ir7em mawta lmosslimine ajma3ine

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