Administration, quand tu nous tiens!
Il est de ces journées où l’on se répète en boucle : « j’aurais décidément mieux fait de rester au lit ce matin ». La recette infaillible pour réussir à choper une telle humeur massacrante à coup sur?? Etre obligé de se taper la cordialité légendaire de notre bien aimable administration r’bati….
Le périple commence lorsque l’une de mes connaissances (que je nommerai dorénavant Saida, pour des raisons inexpliquées d’anonymat, mais on ne sait jamais…) a découvert par hasard sur Internet, en navigant sur le site de l’administration concernée,que son statut administratif avait quelque chose qui clochait….Saida qui se croit aux USA envoie alors un E-mail, auquel on lui répondra par un texte trop la3ala9a (je crois qu’ils ont une et une seule réponse par défaut quelque soit le sujet, des fois ça marche, des fois ….Ca passe à coté)…
Saida décide alors de passer à un moyen plus conventionnel : le téléphone.
Saida: ”Allo,Allah ykhellik a lalla j’ai un problème…”
La dame au bout du fil: “Les problèmes, dans le plus beau pays du monde ne se résolvent pas par téléphone, faudra penser à passer nous voir a zzine” (réponse bitassarouf vous l’aurez compris) .
Et donc bon gré mal gré, ma Saida prend le train, direction la capital et plus précisément le bâtiment A de la dite administration…..
Accueil hi-tech (relativement bien évidement)…Numéro donné à l’accueil, une personne aimable te reçoit, rédige une petite note sur un bout de papier qui sent un loooooooooooooooooooooooooong trajet qui t’attend encore dans les affres de la capitale, et envoie notre Saida dans le bâtiment B de la même administration, quelques…quartiers plus loin…… L’Agent de sécu à l’entrée lui demande de poireauter quelques minutes au terme desquelles Saida est conviée à s’engouffrer dans un bureau miteux. La tête du « bac moins cinq » qui la reçoit est beaucoup moins aimable que son prédécesseur. Sa réponse, après bien évidemment explication et reexplication du problème dix fois, tombe, du au tac au tac : « Ben on ne peut rien faire pour vous madame…C’est l’affaire du ministère de tutelle »
Saida, qui manque de s’étrangler : « Mais quel ministère !!!! Le ministère n’a rien à voir là dedans !!! »
Bac moins cinq, ennuyé : « Ah bon ?? Allez voir au deuxième étage s’ils peuvent quelque chose pour vous … ».
Deuxième étage. Saida entre dans une salle comble, où tout le monde discute avec tout le monde de la dernière augmentation du pain et de l’huile, et où le mot « travail » ne semble être qu’une vague locution chimérique…Quand Saida réclame à être reçue par quelqu’un, on la regarde avec des yeux ronds, comme débarquée d’une autre planète …Enfin, la première remise lui demande : « chnou lmouchkila a lalla ?? ».
Saida, qui prend stoïquement son mal en patience, explique encore, encore et encore son problème. La dame est complétement hors zone de couverture, elle n’a rien compilé du tout… « Flana, voyez avec madame !!».
Flana, apparemment agacée de se voir tirée d’une conversation de la plus extrême importance (toujours en relation avec torchon et recettes de cuisine), écoute quand même le récit de Saida, avec quelques questions pertinentes ici et la, obligeant Saida à se retaper son récit encore et encore…Son verdict : « Vous savez quoi ? Allez voir ça avec Samir »
Saida : « Qui est Samir ??? »
Excédée que Saida puisse ne pas connaître Samir, flana se décide à se mouvoir pour conduire Saida direction un autre bureau…
Samir n’est pas là pour le moment, veuillez repasser plus tard….Saida poireaute……Enfin Samir daigne se montrer, et rebelote (même si, cette fois, Samir parait plus futé que ses collèguEs quand même, car Saida n’a du se répéter que quelques cinq fois en tout et pour tout, et le tour était joué). Hélas, Samir ne peut rien faire, il appelle son supérieur…
ENFIN le responsable X entre en scène : « Que puis-je pour vous, lalla ?».
Saida explique, pas plus d’une fois (O miracle !!!!). Il s’avère alors que le problème est originellement un panaché d’incompétences orchestré par cette même administration, incompétences dont seule Saida devra payer les pots cassés. Et pour lui donner un avant goût de la chose, le responsable X lui demande d’aller chercher d’autres papiers de chez le ministère de tutelle……
Direction donc le siège dudit ministère, à l’autre bout de la ville (Ca aurait été beaucoup trop facile sinon !!)…… A l’entrée, un agglutinement de braves victimes du système, affluant des quatre coins du pays, sur le pas de la porte ne présage rien de bon. Que se passe t il ???
« Coupure d’électricité (Eh quoi !! Faut souffrir pour avoir son tramway en 2050 !), les PCs sont en arrêt, TOUS les employés sont en réunions, l7araka wa9fa tsennaw flkhima… » (NDLR : la fameuse khima est une tente de fortune installée en face de l’entrée,pour que les citoyens puissent attendre toute la journée et repartir chez eux frais et dispos en fin de journée pour revenir le lendemain ). Bon ben Saida ne va quand même pas sortir du lot ! Elle se fend dans la foule et attend, comme tout le monde… Il y a ici et là quelques « renégats » qui rouspètent et veulent parler à un mas2oul, mais rien à faire, seuls les na9abyyine et les pistonnés ont en le droit. Les autres, circulez y a rien à voir !!
Deux heures s’écoulent et les gens qui ont poireauté de 9h à 13h30 commencent à voir rouge !…L’émeute est déclenchée… Enfin trois gars daignent montrer le bout de leur nez :
L’un d’eux à Saida (qui ne fait pas moins que l’age de sa propre mère) : « Chbghiti ?? »
Saida : bla bla bla…
A 25 % de l’explication : « mat3awdiliyach 9isset 7yatek, va à l’essentiel !»(Bien sur, sur un ton des plus impoli possible)
A 50% de l’explication : «Fais dans le court, on a pas toute la journée ! »
A 75% de l’explication : « Et que veux tu que j’y fasse moi ?? »
Explication finie : « wa siri baraka ma ddyy3inna flwe9t,machi chghoulna hada »
Saida, pas découragée pour un sou (elle y tient à sa situation administrative clean!!!), s’adresse au deuxième (pseudo) responsable :
Lui : « kesti veux ?? »
Saida : « Je voudrais avoir ce papier là s’il vous plait »
Lui : « had lwer9a khasha ordinatour, l’ordinatour khassou ddo,doo makayench tsennay ! »
Le découragement commence à s’insinuer peu à peu en Saida, pourtant, et avant de repartir bredouille, elle tente quand même sa chance avec le troisième responsable. Ce dernier la laisse entrer en lui indiquant un bureau au deuxième étage…
Au bureau de deuxième étage, Saida retrouve (bizarrement) des gens entrain de bosser, on lui demande ce qu’elle vient chercher…Elle apprend alors, non sans amertume, que les fameux documents pour lesquels elle a poireauté des heures durant n’existent pas, et n’ont même jamais existé .A la place un autre document, bida2i lilghaya, mais Saida l’engouffre dans son porte document en se disant : llahoumma l3mech wala l3ma …..
Direction le bâtiment B qui n’a pas bougé (toujours à l’autre bout de la ville), et la O surprise (ou pas tellement), le responsable X est sorti une heure avant l’heure .
A toutes les Saida du Maroc, on compatit .
Exilée
NB : Excusez l’abus de darija dans le récit, toute son authenticité en dépendait à mon sens !
22 mars 2008 à 0:41
bravo lina, grace à ce billet, j’ai passé cette journée avec saida et toi en lisant.
une question: c’est quoi la fin de l’histoire de saida avec ce probleme?
en bon marocain, je te dis qu’il y a un bon coté ds tt ce que tu as raconté: saida a pu decouvrir que y a un probleme concernant son statut par internet. ça pouvait être pire :p ne pas savoir qu’il y a un probleme à la base
23 mars 2008 à 18:47
Mici Othmane!!
Ben au fait Saida aurait decouvert qu’il y avait un prob tot ou tard,puisque ca fait maintenant 7 mois qu’elle ne perçoit pas de salaire, et que la situation est loin de s’arranger…Ca fait 4 mois qu’elle vit entre les allers retours à Rabat et qu’on lui répond qu’il y a un problème au niveau des archives,et donc on arrive pas à retrouver son dossier :roll:…Donc pour le moment:statut quo!
24 mars 2008 à 0:49
et bien lina chapeau ma chère, j’ai bien aimé l’article wellah !
en revenant un peu à la mésaventure de notre saida, sincèremetn , on a une fois minimum été victime de ce genre de déboires administratifs et l’on a été exaspéré par ce qui s’y passe…
et ça changera pas d’aussi longtemps malheureusement
24 mars 2008 à 13:36
Du déjà vu :closedeyes:
24 mars 2008 à 20:44
Bravo Lina et Merci pour le magnifique moment passé en ta compagnie a travers Saida et notre administration…Helas ca se passe partout et toujours dans le plus beau pays du monde..
Tres bon article
25 mars 2008 à 16:25
pourvu que les responsables lisent l’article et que la nouvelle génération(futurs cadres)évitent au contribuable ces déboirs.
25 mars 2008 à 19:51
Bravo Lina, la dure réalité de l’administration marocaine est bien décrite à travers cette histoire.
Vous savez, je suis un peu sceptique sur le fait que notre administration va changer vers un service citoyen acceptable puisqu’il n y a pas une réelle volonté du changement. j’espère avoir tort