Thatchérisme
“Ceux qui n’apprennent pas de l’histoire sont condamnés à la répéter.” George Santayana, philosophe.
C’est plus sous cet angle-là que par admiration que j’ai décidé d’écrire mon premier billet sur le thatchérisme. La politique de la baronne Thatcher en Grande Bretagne, dès sa montée au pouvoir en 1979, a marqué une rupture avec une situation économique critique et instable et a déclaré le retour du Grand Empire sur la scène internationale.
Il est particulièrement délicat de trouver une définition exacte du thatchérisme et ce sera trop s’aventurer de l’associer avec tous les dires et faits de Mme Margaret Thatcher. Cependant, ce système politique peut être caractérisé par une réduction des interventions de l’Etat, une politique économique monétariste, des privatisations en masse et un rejet de la notion de l’Etat providence véhiculée par le courant keynesien.
Pendant une durée record de 11 ans de premiership dans le royaume, le passage de la Dame de Fer au pouvoir a été marqué par plusieurs prises de décisions qui définissent encore le profil de la Grande Bretagne:
Syndicalisme: Dans un pays où 55% de la population active était syndiquée et où le pouvoir d’influence des syndicats semblaient dépasser celui des médias, Margaret Thatcher a réussi à mettre les fameux trade unions à genoux. En effet, en 1984, le gouvernement Thatcher se préparait à fermer plusieurs mines de charbon pour non rentabilité malgré la menace d’une grève menée par le NUM (National Union of Mineworkers). A l’époque, ceci ressemblait à du suicide car ce même NUM avait précipité la chute du gouvernement Heath quelques années plus tôt. Malheureusement pour les mineurs, le gouvernement avait préparé un plan d’action infaillible qui a réussi à tenir le coup de l’une des plus fameuses grèves de l’histoire; une grève qui a duré un an et qui s’est conclu par un abandon des mineurs. Depuis, le mouvement syndicaliste en Grande Bretagne fut profondément touché et ne s’en est plus jamais remis.
Rôle de l’Etat et privatisations: Thatcher rejetait la notion de l’Etat providence qui était prôné avant son mandat, même au sein du parti des conservateurs. La baronne était une grande libérale à la version du 19ème siècle, se définissait comme une anti-socialiste (et aussi une anti-communiste) et voyait dans le socialisme un catalyseur de déclin. Ainsi, elle lança la privatisation de plusieurs entreprises qui sont devenues depuis très rentables. Le rôle de l’Etat s’en vit réduit au contrôle de la valeur et de la masse de monnaie circulante, au maintien de l’ordre public et la défense nationale.
Eurosceptisme: Margaret Thatcher refusait l’idée d’une Europe fédérale et fut même supportée sur cette question par certains de ses plus grands rivaux travaillistes. La vision britannique de l’Europe est très claire: Oui pour une communauté européenne favorisant le libre échange/ Non à toute forme de délégation de pouvoir et à toute coopération non commerciale.
La Guerre des Falkland: En 1982, l’Argentine attaqua les Falkland Islands. En l’espace de quelques semaines, ces territoires furent reconquis par les forces britanniques. Bien que les intérêts économiques mis en jeu par le conflit étaient très minimes, cette guerre a permis à la Grande Bretagne de regagner sa place parmi les leaders au niveau mondial après plusieurs années pendant lesquelles l’Empire prenait l’image du battant en retrait. Ceci a aussi aidé Margaret Thatcher de réunifier le peuple britannique et de le motiver en usant d’un classique de la politique et de la manipulation des masses: donner au peuple l’image de l’ennemi commun. La victoire lui valut d’ailleurs une autre réélection…
L’ère Thatcher fut encore caractérisée par d’autres événements majeurs mais qu’on ne peut regrouper sous le thatchérisme vu comme courant politique ou idéologie sociologique. Ses 11 années passées au 10, Downing Street ont eu leurs bienfaits (croissance, basse inflation…) et leurs méfaits (taux de chômage, couverture sociale…) mais tous les acteurs politiques du royaume sont d’accord pour dire que Margaret Thatcher a sorti le pays d’une profonde crise économique et lui a permis de regagner sa place de leader politique et économique mondial. John Major, Tony Blair et Gordon Brown n’ont d’ailleurs jamais réellement défait ce que leur prédécesseur a construit pendant son règne.
Margaret Thatcher a compris son ère, s’est construite un chemin possible (parmi d’autres) vers la prospérité et s’est appliquée pour le suivre. Les temps changent, les mentalités et les circonstances économiques et sociales aussi. Un vrai leader politique se construit sa propre vision de la démocratie et de ses limites dans sa société tandis qu’un simple figurant se contente de recopier. La Dame de Fer était un véritable leader politique.
Les connaisseurs ne manqueront pas de remarquer que notre Speedy Gonzalez français use des mêmes moyens de manipulation et de discours que la grande baronne sans pour autant convaincre ses détracteurs. Mais ça, c’est une autre histoire et peut-être aussi le sujet d’un autre billet…
The Ghost
18 mars 2008 à 1:17
merci youness, c’est tres riche et tres bien fait.
pour la guerre des falklands, elle est plus connue sous le nom de la guerre des malouines(ces iles atlantiques d’amerique du sud), et c’était contre l’Argentine. c’était la guerre la plus “clean” de l’histoire en matiére de respect du droit international humanitaire.
c’était juste pour info:)
sinon, pour le reste, c’était tt nouveau, je connaissais que la dame, mais rien de sa politique.
merci encore.
18 mars 2008 à 9:31
Très interessant..
sauf que de mon point de vue, ne pas écouter son peuple, réprimer les syndicats, vendre à des particuliers des entreprises qui appartiennent au public sans demander leur avis, et supprimer les avantages sociaux… sont plutôt de mauvaises choses. Mais je crois que ça a marché quand même parce qu’il s’agissait d’un contexte particulier (crise économique et politique…), et que pour un autre pays, ou une autre période ça aurait pu avoir de mauvais résultats.
Tony Blair aussi a été élu dans un contexte de crise, et en adoptant une politique de gauche à la britanique, il a réussit à sortir son pays de plusieurs problèmes économique et sociaux, principalement le chômage et la croissance économique.
18 mars 2008 à 15:03
merci ghost pr ttes ces infos sur la politique tatchérienne… par le peu que je connais en politique en général j’éviterais de commenter l’article… en tt cas c’est très bien fait !
20 mars 2008 à 21:09
Décidément, c’était qqn la Thatcher =)
De ma part, et ’ssi Younès saura pourquoi, je commentrai la citation : Apprendre l’histoire ne l’empêche pas nécessairement de se reproduire; et puis quittes à voir le film, autant garder le suspens =)
Chapeau bas The Ghost, et bonne continuation.
20 mars 2008 à 23:09
J’ai vraiment apprécié ton article. Apparemment cette femme n’a pas slmt gouverné mais elle a instaurer tt une idéologie politique.
21 mars 2008 à 13:34
@ahmed: garder le suspense lorsqu’il s’agit d’un film, c’est bien, mais lorsqu’il s’agit de son avenir ou de l’avenir de sa nation, c’est pas toujours agreable, vaut mieux connaitre le passé pour “prédire” l’avenir.
et quand je dis predire, je veux dire comprendre comment nos ancetres ont pensé aux choses, comment ils ont agit et comment se sont passées les choses à la fin; disons qu’on profite d’une simulation des situations actuelles.
une citation pareille:
“Qui ne sait pas tirer les leçons de trois mille ans vit seulement au jour le jour.” GOETHE
24 mars 2008 à 20:47
Eh bien j’en ai bien appris des informations cette journée ..
Merci et bonne continuation